Concilier épilepsie et vie professionnelle
L'épilepsie, l'une des maladies neurologiques les plus fréquentes, demeure étonnamment méconnue en France.
Une étude récente révèle que près de 2 Français sur 3 (environ 65%) admettent ne connaître « très mal ou assez mal cette maladie ».
Cette ignorance est particulièrement préoccupante lorsque l'on constate que seulement 29% des Français identifient correctement l'épilepsie comme une maladie du cerveau.
Cette lacune de compréhension alimente la stigmatisation et les idées reçues, rendant urgent un effort de sensibilisation national pour améliorer le diagnostic, la prise en charge et l'intégration des personnes concernées.

Lali Dugelay Conseil TND

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Chiffres clé
L'épilepsie en chiffres
600K personnes épileptiques en France
Soit environ 1 personne sur 100 est touchée par l'épilepsie, la rendant plus fréquente que la maladie de Parkinson et la sclérose en plaques combinées.
50 millions de personnes épileptiques dans le monde
L'épilepsie est une affection neurologique mondiale, représentant une charge significative pour les systèmes de santé et les sociétés.
200 formes différentes d'épilepsie
Ce nombre souligne la complexité de l'épilepsie, chaque forme ayant ses propres spécificités en termes de symptômes, de causes et de traitements.
75% se déclarent
avant 18 ans
La maladie se déclare majoritairement pendant l'enfance ou l'adolescence, impactant fortement le développement et la scolarité.
60% sont d'origine inconnue
Dans la majorité des cas, la cause exacte de l'épilepsie reste indéterminée, ce qui complique la prévention et le traitement ciblé.
29% de Français savent vraiment ce qu'est l'épilepsie
Seule une minorité de Français comprend que l'épilepsie est une maladie neurologique, et non un trouble psychiatrique.

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Comprendre
Qu'est-ce que l'épilepsie ?
L'épilepsie est une maladie chronique du cerveau. Elle se caractérise par une tendance du cerveau à provoquer des crises d'épilepsie de manière répétée.
Pour bien la comprendre, il faut considérer trois points principaux : les crises, la prédisposition du cerveau à les générer, et les conséquences sur la vie des personnes.
Les crises d'épilepsie
C'est le signe visible de l'épilepsie.
Une crise est comme un "court-circuit" électrique anormal dans un groupe de cellules du cerveau.
Elle peut se manifester de différentes manières (convulsions, moments d'absence, sensations étranges, ou mouvements incontrôlés) et dure généralement de quelques secondes à quelques minutes.
La prédisposition du cerveau
C'est la tendance du cerveau à générer des crises de lui-même, souvent à cause de problèmes de structure ou de fonctionnement.
Les causes peuvent être génétiques, liées à des lésions (comme un AVC), des infections, ou des troubles métaboliques.
C'est cette prédisposition qui distingue l'épilepsie d'une simple crise isolée.
Les impacts sur la vie quotidienne
L'épilepsie a des conséquences importantes sur la qualité de vie.
Cela inclut des problèmes de mémoire ou d'attention, des troubles psychologiques (anxiété, dépression, sommeil qui touchent 30 à 50 % des patients), et des difficultés sociales (jugement, problèmes d'emploi ou pour conduire).
Ces impacts varient et demandent un accompagnement global.

Il est essentiel de comprendre que l'épilepsie est très diverse et se présente sous forme de "syndromes épileptiques".
Ceux-ci sont définis par l'âge d'apparition, la cause (génétique, lésionnelle, ou inconnue), le type et la fréquence des crises, les résultats de l'EEG, et la réaction aux traitements.
Cette grande variété signifie que chaque patient aura un parcours et des besoins thérapeutiques différents.

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Comprendre
Qu'est-ce qu'une crise d'épilepsie ?
Une crise d'épilepsie est une réaction soudaine du cerveau.
Elle est causée par une activité électrique anormale et excessive d'un groupe de cellules nerveuses.
Ces décharges, qui arrivent souvent de manière inattendue, durent de quelques secondes à plusieurs minutes et peuvent provoquer divers symptômes (mouvements, sensations, pensées...).
C'est comme un "court-circuit" temporaire qui perturbe le fonctionnement normal du cerveau.
Crise focalisée
L'activité électrique anormale reste localisée à une zone spécifique d'un seul côté du cerveau. Les signes de la crise dépendent alors de la fonction de cette zone :
  • Crises motrices : secousses involontaires, raideur ou faiblesse dans une partie du corps.
  • Crises sensorielles : picotements, sensations de chaud ou de froid, ou changements dans ce que l'on voit ou entend.
  • Crises cognitives ou psychiques : impression de déjà-vu, ou forte peur.
  • Crises autonomes : sensations étranges dans l'estomac, ou palpitations cardiaques.
La personne peut rester consciente ou avoir la conscience troublée.
Crise généralisée
Les décharges électriques excessives se répandent rapidement et touchent les deux côtés du cerveau en même temps, dès le début de la crise.
Cela perturbe le fonctionnement général du cerveau et cause le plus souvent une perte de conscience. Les types courants :
  • Crise tonico-clonique (souvent appelée "grand mal") : le corps se raidit (phase tonique), puis se met à faire des secousses rythmiques (phase clonique), avec une perte totale de conscience.
  • Crise d'absence (souvent appelée "petit mal") : une courte période où la personne semble "déconnectée", avec un regard dans le vide, sans se souvenir de ce moment.
  • Crises myocloniques : brèves et involontaires secousses musculaires.
  • Crises atoniques : perte soudaine du tonus musculaire, ce qui peut entraîner une chute.
Après la crise, une phase de récupération est fréquente, avec confusion ou somnolence.

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Comprendre
Pourquoi dit-on qu'il n'y a pas une mais des épilepsies ?
L'épilepsie n'est pas une maladie unique, mais plutôt un groupe de troubles neurologiques complexes. Chaque type d'épilepsie a des causes différentes (génétiques, structurelles, métaboliques, etc.), des types de crises variés, des évolutions distinctes et des réponses aux traitements qui divergent.
En France, l'épilepsie est la troisième maladie neurologique la plus courante.
Elle touche environ 600 000 personnes, soit 1% de la population.
Ce chiffre montre son grand impact sur la santé publique et l'importance d'une meilleure compréhension et prise en charge.
Les crises d'épilepsie sont très diverses et ne se limitent pas aux convulsions généralisées.
Elles peuvent provoquer de légers changements de conscience (absences), des sensations inhabituelles (auras), des mouvements involontaires limités ou des épisodes de confusion.
Parfois, elles peuvent aussi rendre difficile l'interaction avec l'environnement.
Les personnes épileptiques rencontrent souvent d'autres problèmes de santé, comme des troubles de l'humeur (dépression, anxiété), des difficultés de mémoire ou d'attention, et des troubles du sommeil.
Ces problèmes peuvent être aggravés par les crises, les effets secondaires des médicaments, ou le poids social de la maladie, ce qui affecte profondément leur qualité de vie.
Pour cette raison, un diagnostic précis est essentiel. Il permet de choisir les traitements les plus adaptés (médicaments, chirurgie, régime alimentaire, ou stimulation nerveuse) et de mettre en place une prise en charge personnalisée et globale. L'objectif est de mieux contrôler les crises, de réduire les effets secondaires et d'améliorer le bien-être général du patient.

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Comprendre
Épilepsies et emploi
La majorité des épilepsies n'entravent pas l'intégration professionnelle. Environ 70% des personnes épileptiques voient leurs crises bien contrôlées par traitement, leur permettant d'exercer de nombreux métiers sans aménagements spécifiques.
Pour les 30% restants, ou en cas d'impact sur certaines fonctions, la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) est une solution clé. Elle permet de bénéficier d'aide et d'aménagements concrets :
Adaptation du poste de travail :
Ajustements ergonomiques, suppression des tâches à risque (travail en hauteur, machines dangereuses).
Aménagements horaires :
Horaires individualisés, temps partiel ou télétravail pour gérer la fatigue ou le stress.
Accompagnement spécialisé :
Soutien d'organismes comme Cap Emploi ou SAMETH pour l'identification des besoins et la mise en œuvre des adaptations.
Protection contre la discrimination :
Une sécurité juridique à l'embauche et durant la carrière.
Ces mesures visent à maintenir et favoriser l'emploi des personnes épileptiques dans des conditions optimales et sécurisées.

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Emploi
La RQTH : vos droits et protections
La RQTH est un statut officiel facilitant l'accès à des aides et aménagements profes-sionnels. Le dossier est constitué auprès de la MDPH, avec un volet médical essentiel.
Demande volontaire et personnelle
La RQTH est une démarche volontaire et personnelle, gérée par la MDPH. Vous seul(e) décidez de la demander et de l'activer en milieu professionnel, sans obligation d'usage.
Confidentialité totale de votre statut
Vous n'êtes pas tenu(e) d'informer votre employeur de votre RQTH.
Votre statut est protégé par le secret médical et le RGPD, vous laissant le choix de divulguer l'information si nécessaire.
Aménagements : une démarche active
Pour bénéficier d'aménagements de poste liés à la RQTH, il faut en informer votre employeur.
Cela permet de mettre en place des adaptations (poste, horaires, etc.), avec le soutien du médecin du travail et un financement possible par l'Agefiph ou le Fiphfp.
Protection et non-divulgation
Si vous informez votre employeur, il a une obligation légale de confidentialité stricte.
Il ne peut divulguer cette information sans votre consentement explicite, assurant ainsi la protection de votre vie privée et de vos données.

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Emploi
Aides mobilisables en emploi pour les salariés épileptiques
Les personnes épileptiques peuvent bénéficier d'aides à l'emploi, similaires à celles pour d'autres handicaps, incluant soutien associatif, le médecin du travail et Cap emploi.
Pré‑requis utiles (statuts et démarches)
La RQTH (reconnaissance comme travailleur handicapé) par la MDPH ouvre l'accès aux aides (Agefiph/Fiphfp), à l'accompagnement (Cap emploi) et facilite l'aménagement de poste.
Le médecin du travail est clé pour aménager le poste, évaluer l'aptitude, ou proposer des changements de poste/formations si nécessaire.
Aides pour le maintien dans l’emploi
L'Agefiph et le Fiphfp financent des actions pour le maintien en emploi : aménagement de poste (matériel, équipements, systèmes d'alerte), études, accompagnement, formation de l'équipe.
Des aides à la formation couvrent les coûts de reconversion si les tâches ne sont plus adaptées.
Accompagnement par les acteurs spécialisés
Cap emploi accompagne salariés et employeurs pour analyser les situations, proposer des aménagements, mobiliser les aides financières et assurer le suivi.
Les Prestations d'Appuis Spécifiques (PAS) offrent une expertise handicap pour définir les besoins d'adaptation au travail.
Des associations spécialisées (ex. EFAPPE) informent sur les droits, aident aux démarches et peuvent proposer des dispositifs d'emploi dédiés.

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Emploi
Aides mobilisables en emploi pour les salariés épileptiques (suite)
Aménagements concrets possibles en situation de travail
Adapter le poste : réduire l'exposition aux situations dangereuses (travail en hauteur, machines) et organiser les tâches pour minimiser les risques en cas de crise.
Adapter les horaires : prévoir des pauses supplémentaires, du télétravail partiel pour gérer la fatigue ou les effets des traitements.
Adapter l'environnement : supprimer les déclencheurs (lumières clignotantes) et sécuriser les espaces.
Sensibiliser l'équipe : informer sur l'épilepsie et la conduite à tenir en cas de crise.
Aides en cas de difficulté ou de rupture
Le temps partiel thérapeutique, l'arrêt de travail et la pension d'invalidité sont des dispositifs Sécurité sociale en cas d'impact important sur la capacité de travail.
La réorientation professionnelle est possible avec Cap emploi, France Travail, ou des associations, pour un projet compatible avec la santé.
Il est possible de contester un refus ou un taux faible de la MDPH en justifiant l'impact de l'épilepsie sur votre emploi.

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Réglementation
Restrictions professionnelles spécifiques à l'épilepsie
Certains environnements professionnels comportent des risques pour les personnes épileptiques, pour leur propre sécurité et celle d'autrui.
Des réglementations spécifiques interdisent l'accès à certaines fonctions. Pour d'autres métiers, une évaluation médicale individuelle est nécessaire, surtout si l'épilepsie n'est pas contrôlée, afin d'adapter le poste.
Il est essentiel de consulter le médecin du travail.
Transport ferroviaire
Postes de conduite et de sécurité (SNCF) exclus en raison des risques d'accidents liés à la perte de contrôle ou à l'incapacité d'intervenir.
Aéronautique
Personnel navigant technique (pilotes) et aiguilleurs du ciel exclus.
Vigilance continue et décisions rapides sont cruciales. Une longue période sans crise est souvent exigée.
Plongée professionnelle
Formellement contre-indiquée (plongée et travail hyperbare). Les variations de pression risquent de provoquer des crises mortelles sous l'eau.
Forces de l'ordre & Sécurité
Fonctions à service actif, port d'armes ou sécurité publique (police, gendarmerie) généralement interdites.
Marine marchande et pêche
Métiers de la marine marchande et de la pêche restreints.
Le travail en mer, isolé et dange-reux, représente un risque élevé en cas de crise.
Sapeurs-pompiers
Statut de sapeur-pompier professionnel interdit. Exigences physiques extrêmes, travail en hauteur et manipulation d'équipements dangereux rendent l'épilepsie un motif d'inaptitude.

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Réglementation
Situations professionnelles nécessitant une évaluation médicale approfondie
Pour d'autres métiers, l'épilepsie ne constitue pas une interdiction absolue mais impose une évaluation rigoureuse par le médecin du travail et, si nécessaire, par un spécialiste. Cette évaluation prend en compte la nature des crises, leur fréquence, l'efficacité du traitement et les spécificités du poste.
Travail en hauteur non sécurisé
Les métiers impliquant un risque de chute important (ex: couvreurs, techniciens en télécoms) sont concernés.
Une évaluation est cruciale pour déterminer si l'épilepsie est parfaitement contrôlée (absence de crise depuis une période significative, souvent 1 à 2 ans) et si des dispositifs de sécurité supplémentaires peuvent être mis en place pour pallier ce risque.
Utilisation de machines ou outils sans arrêt d'urgence immédiat
Les postes opérant des machines tournantes, des scies, ou tout équipement potentiellement dangereux sans dispositif d'arrêt d'urgence facile d'accès en cas de crise.
L'évaluation portera sur la capacité à opérer en toute sécurité et l'existence de procédures d'urgence adéquates.
Conduite de véhicules motorisés, de grues, d'engins
La conduite de véhicules professionnels (poids lourds, transports en commun, engins de chantier, grues) est soumise à des réglementations spécifiques.
Pour le permis de conduire professionnel, une période prolongée sans crise (souvent 5 ans) est généralement exigée, avec un suivi neurologique régulier.
L'aptitude doit être réévaluée périodiquement.

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Ensemble, brisons les préjugés et favorisons l'inclusion
Malgré les idées reçues, l'épilepsie est une condition neurologique qui n'entrave en rien les compétences professionnelles.
Plus de 600 000 personnes en France peuvent exercer une activité professionnelle normale et s'épanouir pleinement, pourvu que l'environnement soit adapté et compréhensif.
Les préjugés et le manque de connaissance sont les principaux freins à cette intégration.
Avec des aménagements raisonnables, les personnes épileptiques peuvent non seulement travailler, mais aussi exceller. Ces aménagements peuvent inclure des horaires de travail flexibles, l'adaptation du poste de travail (éclairage, environnement moins stimulant), et un protocole d'urgence simple en cas de crise.
La sensibilisation est essentielle pour une société plus inclusive. Informer et éduquer employeurs, managers et collègues sur les réalités de l'épilepsie déconstruit les mythes et crée un environnement de travail sécurisant, bienveillant et performant pour tous.
Sources : FRM (Fondation recherche médicale), Ameli.fr, INSERM, Centre National de Ressources Handicaps Rares FAHRES, epilepsie-info.fr

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